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Prix décernés


  L’art qui dialogue avec l’environnement



Prix COAL Art & Environnement 2018 : Jacques Loeuille

Prix spécial COAL décerné à Martine Feipel et Jean Béchameil


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Prix COAL 2017 : Anne Fisher

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Le Prix COAL Art et Environnement 2018 a récompensé hier l’artiste Jacques Lœuille pour son projet The Birds of America. Le lauréat a été sélectionné par un jury de personnalités de l’art contemporain et de l’écologie parmi dix artistes nommés, au Musée de la Chasse et de la Nature. Un Prix COAL Spécial porté par la Fondation François Sommer et le Ministère de la Culture a également été décerné à Martine Feipel & Jean Bechameil pour leur projet Cité d’Urgences – Apus Apus.


Ces deux projets lauréats, très différents et complémentaires dans leurs approches, traitent de la question cruciale de la sixième crise d’extinction massive de la biodiversité et en particulier de la disparition des oiseaux à une vitesse inconcevable : en seulement quinze ans, un tiers des oiseaux des campagnes françaises ont disparu.


Jacques Lœuille, Lauréat du Prix COAL 2018


Diplômé de l’École des Beaux-arts de Nantes, de la Mel Hoppenheim School of Cinema de Concordia University à Montréal, et du post-diplôme des Beaux-arts de Lyon, Jacques Lœuille intègre en 2009 le Fresnoy — Studio national des arts contemporains, dont il est diplômé avec les félicitations du jury en 2011. Depuis, il réalise des installations vidéo exposées en galeries, dans des manifestations artistiques, des centres d’art et des musées. En 2017, il réalise La Peseuse d’or- un essai sur l’apparition du capitalisme dans la peinture hollandaise du XVIIe siècle -, récompensé par le prix du meilleur film du Festival du Film Francophone d’Angoulême et acquis par la collection d’art contemporain de la fondation Neuflize. En parallèle, il réalise des documentaires sur l’art pour Arte et France Télévisions et termine actuellement le film documentaire Menaces en Mer du Nord qui retrace l’histoire politique et interroge les conséquence sanitaires et environnementales des déversements d’armes chimiques et conventionnelles en Mer du Nord et Baltique pendant les deux conflits mondiaux. En 2017, il a participé au 62ème Salon de Montrouge pour la promotion des jeunes artistes contemporains.


Son projet The Birds of America questionne l’impact symbolique et réel que produisent les extinctions de masse et la dégradation de l’environnement sur la constitution politique des pays, et sur nos façon de vivre. Partant de l’idée que les oiseaux d’Amérique sont un ciment national, les États-Unis ne se forgeraient-ils pas alors une image dans le reflet fantomatique de leur ancien éden ? Telles sont les hypothèses auxquelles se livre l’auteur de The Birds of America. En référence à l’œuvre du peintre naturaliste français et père de l’écologie américaine John James Audubon, Jacques Lœuille réalise une installation déroulée en sept films, chacun consacré à un oiseau disparu du territoire, afin de révéler une contre-histoire politique des États-Unis. Les Américains ont construit une véritable mythologie autour des oiseaux, notamment du plus célèbre d’entre eux, le Bald Eagle, ou pygargue à tête blanche. Reconnu comme l’emblème de la nation, ce rapace diurne s’est raréfié avec l’industrialisation du pays. Sa survie tient aujourd’hui à un programme de subvention et de protection fédéral. Quant au pigeon migrateur américain, il a lui tout à fait disparu, victime du culte des armes à feu, ou encore du Trétras, qui s’est éteint en 2012, chassé de ses prairies par l’exploitation gazière. Ce qui est particulièrement poignant ici alors que notre fondent sur nous fake news et manipulations de l’information scientifique en tous genres, c’est que ces oiseaux disparus sont aussi les sujets d’une véritable fantasmagorie : images et récits falsifiés ou imaginaires, faux témoignages, confusion d’espèces, photomontages et trucages optiques… Cette esthétique du fake, à travers ces images truquées ou erronées de bird watcheur, est présente dans l’installation et dialogue avec les peintures d’Audubon. La « haute définition » des images d’Audubon et la low definition des images d’oiseaux actuelles contrastent, mettant en exergue la vanité de la technique, qui dans son hyper­activité ne sait plus rien conserver.


Un Prix COAL spécial décerné à Martine Feipel & Jean Bechameil pour leur projet Cité d’Urgences – Apus Apus


Avec Cités d’urgences, Feipel et Bechameil cherchent à mettre en œuvre une série de projets pour offrir aux espèces menacées par la raréfaction ou la destruction de leur habitat naturel des logements dédiés. L’étalement urbain et la densification de l’espace rural autour des agglomérations mettent aujourd’hui en péril la vie de nombreuses espèces végétales et animales.

Alors que le tourisme fait rage et que les déplacements de populations n’ont jamais été aussi importants, de moins en moins de place est laissée aux animaux migrateurs et aux espèces nomades. Ils sont pourtant le symbole de cette liberté de se mouvoir au gré des saisons, qu’ils annoncent par leurs allées et venues. Le vol, les cris stridents, les incessantes poursuites des martinets ne sont-ils pas l’une des joies du début de l’été ? Cet oiseau a en effet évolué aux côtés des humains, s’habituant au cours des siècles à utiliser les anfractuosités des murs de pierres et de mortier des maisons pour y établir ses nids. Mais l’architecture contemporaine et son rêve de perfection et de fonctionnalité ont éliminé de nos bâtis toutes sortes de failles et de brèches, ne laissant que des surfaces lisses et impropres à la nidification.

Feipel et Bechameil, artistes du rapport au corps dans l’architecture, des grands ensembles, de l’habitat et de l’habitant, proposent, dans une région rurale où l’espèce a quasiment disparu, de montrer qu’il est possible, en partant du bâti existant et en travaillant dans la durée, de réunir les conditions d’un retour de cet oiseau migrateur. Établissant une collaboration multidisciplinaire avec des scientifiques et les habitants eux-mêmes, ils développeront de nouvelles anfractuosités dans des murs existants, pensées comme des œuvres à part entière.


Le Prix COAL 2018 a été remis le 24 octobre 2018 au Musée de la Chasse et de la Nature, lors d’une cérémonie qui célébrait également les dix ans de l’association COAL.