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Muriel Rodolosse, méluSSSine
Maison Salvan, Labège
21.10 - 19.12.2026

La Maison Salvan a paru le lieu idoine pour accueillir une telle proposition. Par son caractère composite, les temporalités plurielles qu'elle suggère et les matériaux qui la façonnent, elle semblait particulièrement hospitalière pour cette Mélusine-là : un être fait d'humanité et d'animalité, un être légendaire du moyen-âge venant interagir avec le présent. L’artiste avait déjà exploré le domaine du chimérique, le croisement des espèces et la figure de la fée au travers de la représentation d’une femme-louve. Le travail pictural de Muriel Rodolosse apparaît d’ailleurs comme très singulier, paradoxal, fondé sur un renversement des présupposés : ce que le spectateur voit au premier plan des peintures sous verre acrylique, elle le peint d'abord avant de faire les fonds. Ainsi, Mélusine, Muriel Rodolosse et la Maison Salvan partagent des secrets, des natures plurielles, des formes d'indépendance et de particulières manières de préserver leur quant-à-soi.

Le projet que propose in fine Muriel Rodolosse fait dialoguer la poésie, la musique et, bien entendu, les arts visuels. L'artiste donne à voir un travail de peinture inédit, des dessins de différents formats, dont un de très grande dimension épousant l'architecture même du lieu, ainsi que des céramiques. Mais c’est un projet de disque vinyle – dont chaque couverture reçoit un dessin original de l'artiste – qui constitue le creuset de l'exposition. Il contient une lecture musicale – conduite par Laure Gauthier et Olivier Mellano. Ce projet fait écho à l'une des lignes de force de la programmation de la Maison Salvan qui, depuis vingt ans, suit régulièrement les compositeurs de mots et de sons.

L'exposition agira sur le lieu, se déploiera de telle sorte à favoriser une expérience immersive et invitera à mesurer ce que peut nous enseigner Mélusine : en toute chose, il existe un « samedi », un mystère, un secret, une intimité ; en tout cas, certainement bien davantage que ce que notre raison croit savoir, au risque de déterminer l’avenir.

 

« Ce qui m’intéresse dans mélusine reloaded, c’est qu’elle n’est pas une Mélusine maternelle, celle associée au thème de la maternité que l’on rencontre souvent, en tant que mère de dix fils mais c’est la mélusine avec une dimension politique. C’est le mouvement de la transformation qui me relie à Laure Gauthier. Il est au coeur de ma pratique. D’abord physiquement dans ma peinture, par la technique inversée du fixé sous verre qui m’astreint à me déplacer devant et derrière le support puis par la spécificité de la question d’exposition que j’aborde comme un médium à chaque fois différent et par cette conviction que c’est dans l’expérience que la pensée de la transformation se met en marche. Son texte nous permet de sortir du temps chronologique linéaire et de comprendre que l’histoire peut être un incessant retour. A travers une relecture du Moyen-âge, de sa complexité et même de ses paradoxes, on peut lire chez mélusine un combat contre la simplicité de certaines approches binaires de notre société actuelle. L’engagement chez mélusine reloaded se lit dans un premier temps dans l’effacement de la majuscule de son nom. Laure Gauthier retire le statut de mythe à la fée pour la rendre commune, une éthique du commun, en n’arrêtant pas la langue par une majuscule, elle la remet en mouvement. Elle laisse les majuscules à la dictature par les acronymes qui sont une atrophie de la langue et donc de la pensée. C’est ici et maintenant que cela se joue ! mélusine lutte contre notre monde régi par le contrôle des images, en créatrice elle invente et incarne la voix d’autres possibles, une lueur d’espoir. » (Muriel Rodolosse)


« Pour prolonger mélusine reloaded j’ai souhaité réaliser un disque vinyle à trois voix. Un parcours dans le texte est lu par Laure Gauthier, Olivier Mellano intervient musicalement pour réagir à ses mots et moi, j’ai dessiné cent pochettes de disque originales, encre de chine sur papier aquarelle, que j’ai construites. Le titre siffle méluSSSine comme un serpent. Je me suis émancipée du texte, je m’en rapproche ou je m’en éloigne. L’illustration ne m’intéresse pas en soi, je ne souhaite pas me coller trop près des images du texte, même si certains visuels ont une dimension illustrative.

Mon travail est réalisé sur la peau du monde matière serpent. Matière serpent qui est aussi figurée sur les céramiques. Elles sont aussi une transformation. Produites par la cuisson de l’argile à haute température, le processus qui transmue la matière première, naturelle, abondante et malléable, en un produit fini, dur et durable. Le travail de la terre peut se rapprocher des pouvoirs de la fée en ce sens que l’on se sent démiurge, capable de tout créer, et à la fois humble dans l’expérience de la cuisson qui peut être aléatoire. Le miroir de méluSSSine, son cardiotaphe, sa chaussure, les clés de la porte du secret, des vestiges d’une terre inconnue, ces céramiques sont équivoques, leur matière pourrait être du métal forgé rouillé par endroit, du bronze, de la céramique, plus ou moins foncées, plus ou moins opaques ou brillantes.

Un grand dessin sur la temporalité investit tout le mur de la première salle, bouchant la porte d’entrée qui se fait par le côté. Ce dessin à l’encre de chine ne présente pas un temps linéaire et chronologique mais un temps sensible et intuitif, avec des allers-retours, des spirales. Les pochettes du disque sont suspendues dans les trois autres salles, la dernière est consacrée à la métamorphose de méluSSSine. La peinture sous verre de la métamorphose est dans un cul de sac, elle obstrue la porte du secret. Le visiteur doit rebrousser chemin et le paysage de l’exposition se déploie aussi de l’autre côté sur le chemin du retour. » (Muriel Rodolosse)


Muriel Rodolosse est née à Castelnau-Montratier dans le Lot, elle vit et travaille à Bordeaux et à Paris. Elle est représentée par la galerie Gowen à Genève (CH). Elle est actuellement Présidente du centre d’art contemporain Maison des Arts Georges et Claude Pompidou de Cajarc. Après des études à l’Ecole supérieure des beaux-arts de Bordeaux et à l’Université Bordeaux Montaigne, elle poursuit ses études à Chicago où elle est accueillie par la Fondation John David Mooney qui lui organise sa première exposition aux Etats-Unis en 1996. Dès lors elle adopte un support emblématique de sa pratique picturale : le verre acrylique, et découvre la technique du fixé sous verre qu’elle portera jusqu’à un format monumental. Elle investit par la suite des espaces extérieurs et réalise des commandes publiques. Elle ajoute pour ses expositions d’autres médium, la performance, le dessin, la céramique, l’installation ou la vidéo.

Situant ma peinture au-delà d’une égalité des genres mais dans leur interdépendance, je montre combien la classification est autoritaire, théocratique, essentialiste et arbitraire. En déplaçant les genres, la nature des êtres et des éléments, les rapports d’échelle et de hiérarchie, ma peinture se qualifie de « non-taxinomiste ». (Muriel Rodolosse)

Sa vision de la nature, en constante perturbation, s’éloigne des références et de la « permanence » moderniste. Elle a réalisé plusieurs commandes artistiques : le jardin du Luxembourg à Paris, le jardin Gambetta à Cahors et, en 2020, obtenu la commande publique pour le château du Bois Fleuri à Lormont. Son travail a été montré dans plusieurs expositions monographiques en France, en Espagne, en Norvège, en Allemagne, aux Etats-Unis, en Iran et plus récemment en Chine.

Communiqué de presse

Muriel Rodolosse a été invitée à la Maison Salvan pour développer un projet inédit. Pour cette exposition, l’artiste a souhaité placer au centre de sa recherche le roman mélusine reloaded de Laure Gauthier. Cette oeuvre littéraire et poétique, à la fois fable féministe et dystopie écologique, fait renaître la figure de la fée Mélusine. Cette renaissance intervient dans un monde qui ressemble au nôtre, mais dont les travers sont exacerbés : post-démocratie, contrôle social, sur-pollution, assèchement du sensible, épuisement de la langue. Mélusine réapparaît, effectivement, et l'être hybride qu'elle est – abolissant les frontières entre le vivant humain et non humain, entre l'ultra-crudité du réel et le lieu de la fable, entre le dicible et le mystère – devient la source d'alternatives et de réparation... Ici, c’est à partir de sa marge que l'humain soigne son coeur.

Exposition du 21 octobre au 19 décembre 2026. Maison Salvan, 1 rue de l’Ancien Château – 31670 Labège Village. Tél. : +33 (0)5 62 24 86 55. Ouverture mercredi, vendredi et samedi de 14 h à 18 h, le jeudi de 12 h à 18 h. Fermeture les jours fériés.

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