Latifa Echakhch, Tkaf
Galerie Kamel Mennour, Paris - 097.02 - 10.03.2012

Communiqué de presse
L'œuvre de Latifa Echakhch a pour habitude de jouer avec un complexe tressage de
significations et de s'inspirer de la polysémie des mots.
L'exposition Tkaf présente
dans un premier temps une installation réalisée à même le sol et sur les murs de
la galerie, avec des briques brisées jusqu'à ce qu'elles soient réduites en poudre.
C'est près d'El Jadida, au Maroc, que l'artiste a découvert au cœur d'un sanctuaire
où l'on pratique encore la sorcellerie, des traces et des empreintes de mains réalisées
à même les murs, à l'aide de terre d'argile rougeâtre extraite du sol. S'inspirant
de cette vision, l'œuvre apparaît comme une hybridation entre des pratiques sacrées
ancestrales, et certains usages de l'art contemporain faisant eux aussi l'objet d'une
sacralisation.
Le «Tkaf» est un terme repris d'un dialecte maghrébin et désigne une sorte de mauvais
sort prodigué, dit-on, par un être proche. Dans l'exposition, ce mauvais œil semble
s'immiscer dans une diversité de signes, de symboles et d'indices à travers des œuvres
évoquant la destruction, la mort ou la présence fantomatique d'un être rencontré.
Tout en s'inscrivant dans une esthétique de la destruction, voire de la ruine, une
pièce comme Tkaf nous renvoie également au matériau utilisé, et à ses dimensions
symboliques. Telles des traces de sang, la poudre de brique rouge se conjugue avec
la sensation d'une architecture laminée et éventrée.
Sur un mode tout aussi iconoclaste
les tondi (Tambours, 2012) nous proposent une étrange généalogie. Réalisés au moyen
d'un goutte-à-goutte d'encre noire, ce dispositif tente de renverser l'idée même
de tondo, qui est originairement situé au plafond pour référer aux cieux. Les gouttes
qui composent l'œuvre se sont en effet écrasées au centre du format pendant une durée
déterminée par l'artiste: l'encre apparaît alors comme un projectile prenant la toile
pour cible.
Il nous est donné d'imaginer le tempo de cette encre noire avec encore
et toujours cette notion de déposition, point récurrent dans l'exposition, tout comme
la présence répétée du motif circulaire. Motif que l'on retrouve d'ailleurs dans
ses miroirs Chaty Vallauris, en forme de soleil, dont les surfaces sont en partie
masquées par des linges blancs comme pour évoquer cette vieille coutume qui consiste
à voiler les miroirs pendant les deuils (Fantômes, 2011).
La dimension fantomatique
de ces impossibles reflets résonne avec ces vides que l'artiste distille ça et là.
Un bâton, une veste et quelques colliers de jasmin dont l'odeur disparaîtra peu à
peu avec le temps de l'exposition, évoquent la figure furtive d'un vendeur ambulant
de jasmin aperçu lors d'un voyage à Beyrouth.
Le temps passe et le rythme organise
la temporalité de l'exposition à l'instar de ces vingt-quatre chapeaux melons déposés
au sol et remplis d'encre noire (Mer d'encre, 2012). Doit-on imaginer une quête improbable
dont le résultat serait cette cosmologie quelque peu mélancolique? Fidèle à un principe
de plurivocité, cette pièce pourrait aussi être dédiée à la figure du poète, aux
rêveurs de mots, qui pourraient bien ici se voir transformés en clowns gauches arrosés
d'encre.
Exposition du 7 février au 10 mars 2012. Galerie Kamel Mennour, 47 rue Saint-André des Arts / 60 rue Mazarine - 75006 Paris. Tél.: +33 (0)1 56 24 03 63. Ouverture du mardi au samedi de 11h à 19h.
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