Derelict, Farah Atassi et Stéphanie Cherpin
Galerie Edouard Manet, Gennevilliers.
15.03- 12.05.2012

Présentation de l’exposition par Lionel Balouin
L’exposition Derelict à la Galerie Edouard Manet réunit dans un face-à-face inédit et stimulant deux jeunes artistes, Farah Atassi et Stéphanie Cherpin. A cette occasion, toutes deux présentent des pièces récentes qui, pour Stéphanie Cherpin, ont été montrées à la Salle de bains, ou produites sur place dans le cadre d’une résidence. Si leurs pratiques s’inscrivent dans des champs distincts - la peinture et la sculpture - toutes deux sont mues par un intérêt commun pour les ruines d’une certaine modernité. Ce dialogue - plus qu’une confrontation - tient avant tout de la volonté de faire surgir des affinités plastiques et thématiques et, plus largement, d’indexer un ensemble de préoccupations qui traversent les oeuvres d’une jeune génération d’artistes dont elles sont représentatives.
Les peintures de Farah Atassi procèdent d’une démarche quasi obsessionnelle. Depuis 2007, elle ne cesse de peindre des vues imposantes d’espaces de vie collectifs désertés, inspirées d’un corpus d’ouvrages d’architecture et de photographie qui renvoient le plus souvent au monde industriel des Trente Glorieuses.Ses oeuvres sont construites pour la plupart selon un dispositif scénique fortement scandé par des lignes de fuite qui nous entraînent dans la contemplation d’espaces - cuisines communautaires, chambres de bonnes, bureaux, vestiaires - exempts de toute présence humaine qui dégagent un sentiment d’étrangeté. De-ci delà, des éléments de mobilier, des vestiges de canalisation, d’installations électriques, évoquent une occupation antérieure. Tous viennent structurer l’espace et agissent comme autant de signes d’un display artistique faisant aussi bien référence au monde de l’atelier qu’au champ de l’installation.
Cette structuration est une donnée fondamentale du travail de Farah atassi. L’harmonie chromatique - qu’elle provienne d’une teinte monochrome dominante, d’un camaïeu ou d’un contraste clair-obscur -, les trames orthogonales appuyées des parements de carrelage, tout comme la présence judicieuse de motifs colorés posés ça et là, jouent d’un processus ambivalent qui, dans un même geste, structure et creuse l’espace tout en affirmant sa bidimensionnalité. De même, l’attention portée au traitement de la matière picturale, les épaisseurs et les multiples repentirs, sont autant d’éléments qui achèvent la construction et le maçonnage du plan.
Exposition du 15 mars au 12 mai 2012. Galerie Edouard-Manet, Ecole municipale des beaux-arts, 3 place Jean Grandel - 92230 Gennevilliers. Tél.: +33 (0)1 40 85 67 40. Ouverture du lundi au vendredi de 14h à 18h30, le samedi de 14h à 19h et sur rendez-vous.


De gauche à droite : Farah Atassi, Dirth House IV, 2011. Huile sur toile, 160 x 200 cm. Courtoisie de l’artiste & Galerie Xippas, Paris - Farah Atassi, Cloakroom, 2011. Huile sur toile, 160 x 200 cm. Courtoisie de l’artiste & Galerie Xippas, Paris
C’est à la périphérie des villes, dans des no man’s land chaotiques et gigantesques, mais aussi dans ces vastes territoires d’exploration et d’émerveillement que sont les zones commerciales et industrielles suburbaines,que Stéphanie Cherpin glane les objets mis au rebut et les matériaux désactivés, pour la plupart de construction, qui composent ses sculptures. Parmi eux, pêle-mêle, des fers à béton, des treillis métalliques, des plaques de métal, des chaînes, des fragments de store, des traverses de bois, des blocs de pierre et encore bien d’autres choses. Sans idées et projets préconçus, elle se coltine à la matière, découpe, assemble, combine ce fatras qu’elle réactive dans de nouvelles configurations hybrides. Sans pour autant verser dans l’expressionisme, ses scupltures frappent par leur « brutalité » toute en tension et en énergie. Elles font écho aux accords d’une playlist de rock anglais et US des années 1980/90 qu’elle écoute en boucle en travaillant. Ce rituel, à l’instar d’une danse guerrière, lui permet d’entrer dans le processus de création, tout comme il guide ses gestes et influe sur les formes produites. Ses sculptures, à la présence physique très affirmée, participent d’un double mouvement. Parfois concentrées, parfois expansives, telles des carcasses désarticulées abandonnées ou échouées, elles se déploient dans l’espace qu’elles envahissent au point de l’obstruer. La peinture qui recouvre certaines d’entre elles participe moins d’une volonté d’embellissement, qu’elle n’efface l’éclectisme des matériaux pour les unifier en un tout cohérent.


Les sculptures de Stéphanie Cherpin sont intimement liées aux espaces décatis peints par Farah Atoussi. Elle apparaissent comme autant de conglomérats de matériaux et d’objets extraits des bâtiments désaffectés avant destruction. Mais au-delà des analogies formelles et esthétiques de leurs oeuvres, toutes deux nous questionnent sur les paradigmes d’une pensée moderniste et les comportements générés par une société industrielle. Là où d’autres artistes de leur génération abordent ces problématiques à travers le prisme de la photographie et la vidéo, Farah Atassi et Stéphanie Cherpin restent attachées à une production d’atelier dont le fait-main renvoie, dans une certaine mesure, à la représentation du travail ouvrier.
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