C’était pas gai mais pas triste non plus, c’était beau
Espace Van Gogh, Arles
- 14.01 - 10.03.2012

Communiqué de presse
L'exposition C'était pas gai mais pas non plus triste, c'était beau est une tentative
d'apprivoisement de mondes ne cessant de nous échapper. Mais c'est également un panorama
clair-obscur conjuguant approches multiples et horizons lointains.
Naturel, urbain, sauvage ou industriel... le paysage connaît plusieurs acceptions.
Genre autonome depuis que la bascule s'est opérée entre ce qui faisait office de
décor à une scène et son avènement comme sujet principal d'une composition, le paysage
traverse l'histoire de l'art tout en racontant celle des hommes. De l'expression
d'idéaux et d'utopies géopolitiques au socle des expériences sensibles et perceptives
du monde, il relate ce rapport aux territoires, aux espaces contemplés mais aussi
parcourus, domptés ou fantasmés, rêvés ou exilés.
Chez Van Gogh, il est nourri de
visions nocturnes, dévoilé en arrière-plan d'espaces clos ou encore libéré au sein
de vastes étendues. Il est aussi l'un des genres privilégiés de l'artiste lors de
son séjour arlésien. De l'atelier, les peintres en sortiront les toiles vers sa rencontre
en plein air. Dehors, ils lâcheront les pinceaux pour en faire un support, un cadre
et un matériau même de création.
Si le paysage est longtemps pictural, les pratiques
depuis le 20ème siècle ont ouvert et multiplié les techniques et les médiums propices
à sa représentation. Aujourd'hui, le paysage reste l'un des grands genres de l'art,
cette «fenêtre ouverte sur le monde» que les artistes s'emploient à modeler, capturer,
révéler ou réinventer.
L'exposition C'était pas gai mais pas non plus triste, c'était
beau se veut une traversée en territoire méconnu, un récit, pas si fleuve, d'appropriations
singulières, un panorama clair obscur conjuguant approches multiples et horizons
lointains, issu des pratiques d'artistes de notre temps.
A Direct Affront to a Natural
Waterway de l'artiste Américain Lawrence Weiner s'inscrit dans la lignée des œuvres
issues de son célèbre «Declaration of Intent». Elle annonce ce que l'exposition ne
sera pas stricto sensu: purement idéelle. Les objets comme les images sont ici bien
présents; mais s'ils incitent à un rapport physique à l'œuvre, ils n'en demeurent
pas moins des invitations au déplacement renvoyant chacun à une cartographie mentale
singulière, au pouvoir de s'abstraire d'un «ici et maintenant».
D'une nature forcément
artificielle, à une virée... dans les champs, Blondasses, œuvre vidéo d'Alexandre
Perigot réalisée en 2002 avec le concours de Jean-Yves Jouannais, montre un véritable
work in progress. Une œuvre comme une réflexion sur un certain «devenir-paysan de
l'artiste», un devenir minoritaire de l'art usant ici de l'idiotie comme outil de
réflexion sur l'inadéquation du global au local. Les archétypes de la beauté, passés
au filtre de modèles made in USA, transforment le paysage agricole en belles des
champs à l'organisme génétiquement modifié, habitables et in situ.
Du champ… à la
lisière. Le panoramique dressé par Nicolas Pincemin offre ici une immersion, en peinture.
Les bois, décors étrangement familiers des tableaux romantiques ou contes aventuriers
de nos enfances appellent ici à la perte, au cache-cache perceptif et à l'échappée
visuelle à démêler dans les branches. Artifice encore, là où les panneaux font barrages
à la fuite du réel, comme autant d'obstacles à la grande évasion.
D'une forêt captivante
à une île désertée, territoire isolé, petit bout de rêve bricolé, L'île de Pierre
Ardouvin fait mirage au sein d'une contemporanéité où les promesses de bonheur s'engouffrent
dans l'illusion, et celles de liberté dans les pratiques de consommation synthétique
et domestiquée du monde. Ready-made «augmenté», l'œuvre pointe l'idée d'un dépaysement
passé au crible des stéréotypes liés à l'«exotisme».
Exposition du 14 janvier au 10 mars 2012. Espace Van Gogh, place du Docteur Félix Rey - 13200 Arles. Tél.: +33 (0)4 90 49 94 04. Ouverture du lundi au vendredi de 11h à 12h30 et de 13h30 à 18h. Entrée libre.
Mais il pourrait aussi être là question de territoires encore affranchis de tout
empire, de la possibilité de nouveaux pays ignorés des mappemondes, d'îlots artificiels
restant à conquérir… chez soi. D'une inquiétante familiarité, les paysages jalonnant
l'exposition se façonnent en zones indéterminées.
C'est l'atmosphère lynchéenne d'une
vision presque triste de la fête, parking et manèges forains au bord d'une route
perdue comme le paysage précaire d'un spectacle immuable (Cédrik Eymenier), les vestiges
d'architectures incertaines retracés au crayon comme le témoin gris et froid de ce
qui ne reste pas (Alexandra Pellissier), ou les ruines poussant comme des leurres
le long des lignes de trains en bord de Loire, filmées comme le croquis d'un lieu
en perdition (Arman Morin).
De points de fuites extasiés en perspectives désolées,
les œuvres installées ouvrent aussi sur des récits. Les périscopes de Caroline Le
Mehauté pointent une localisation géographique qui demeure une énigme dans un espace
ouvrant vers des mondes parallèles. Ce sont encore autant d'interzones non identifiées,
construites par les points de vues photographiques de Nicolas Moulin, ouvrant sur
des récits post-humains et des images dystopiques. Ou enfin les messages codés en
morse citant les vers d'une poésie contenue au secret des montagnes en plexi de Pierre
Malphettes.
Au delà de la fiction demeure le regard. Celui appelé à la contemplation
d'une aube traçant la ligne d'un horizon lointain révélé au pigment (Caroline Duchatelet),
de la mer — plan fixe sur le large aux contours dissolus comme l'attente d'un jour
tardant à venir (Katia Kameli), du soleil couchant — nouveau mirage pour une planète
au bord du désenchantement (Pierre Ardouvin).
«C'était... beau» confie Van Gogh à
son frère. De cet aveu conjuguant l'idée au passé demeure-t-il un avenir à construire
maintenant? Si l'exposition amarre des espaces, elle pose en filigrane la question
du temps. Celui d'une enfance perdue ou retrouvée, celui de l'homme pris dans le
vertige d'une ère à grande vitesse d'où s'échappent là des opus comme des pauses,
des silences.
Celui du spectateur aussi, de ces fragments de pays d'où l'homme reste
absent, convié à une balade tant visuelle qu'affective par une scénographie rejouant
le rythme d'un écoulement, de l'éveil au sommeil.
«C'était pas gai, mais pas non plus
triste…» Quelque chose d'une nostalgie se trame peut-être là, entre des espaces fantasmés
issus d'un réel traversé de désillusions, environnements modelés d'éléments disparates,
traditions d'un genre revisité par une génération d'artistes à la fois novices et
consacrés dans un «champ» usant des média contemporains comme autant d'outils de
téléportation, pour faire du paysage ce rappel à l'essence de l'art: l'écart.
L'art
comme tentative d'apprivoisement de mondes ne cessant de nous échapper, l'œuvre comme
une fugue plus ou moins maîtrisée - pour faire du plus lointain de nous, le plus
proche aussi.
Les artistes présentés : Pierre Ardouvin, Caroline Duchatelet, Cédric Eymenier, Katia Kameli, Pierre Malphettes, Caroline Le Méhauté, Armand Morin, Nicolas Moulin et Bertrand Lamarche, Alexandra Pellissier, Alexandre Perigot, Nicolas Pincemin, Lawrence Weiner.

Pierre Ardouvin, Soleil couchant, 2005. Altuglas et réglette fluorescente, 120 x 120 cm. Courtoisie collection privée (Bruxelles) et Galerie chez Valentin © Pierre Ardouvin

Caroline Duchatelet, lundi 8 décembre, 2008-2010. Photogrammes, tirages numériques et encre pigmentaire sur papier, 40 x 70 cm. Courtoisie Sextant et plus © Caroline Duchatelet
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